INTRODUCTION
Avec les migrants
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De tout temps, des migrations de population ont existé, qu’elles soient choisies ou subies (cf. musée national de l’histoire de l’immigration ouvert en 2007). Comme l’avait défini le Pape Benoît XVI pour la 92e Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, fixée au 15 janvier 2006, ce phénomène croissant de la mobilité humaine émerge comme un « signe des temps ».

9782867466236L’afflux de migrants au sein de notre société, qui traverse des crises multiples, interpelle  davantage notre conscience. Le drame que vivent certains de nos contemporains est largement relayé par les médias. Bien avant déjà, des livres et des reportages témoignaient de ces parcours incroyables (Dans la mer il y a des crocodiles de Fabio Geda ; Le prix à payer de Joseph Fadelle ; Voyage en Barbarie de Delphine Deloget et Cécile Allegra…).

Quitter son pays car la situation est invivable, y laisser sa famille, ses proches, un métier… et partir dans l’inconnu d’un voyage à haut risque ne va pas de soi. Chaque histoire est unique et touchante et quand le seul répondant est administratif, cela semble bien injuste.

papeLors de l’Angélus du 17 janvier 2016, le pape François s’adressait aux migrants et réfugiés : chacun de vous porte en lui une histoire, une culture, des valeurs précieuses ; et malheureusement également des expériences de misère, d’oppression, de peur. Votre présence sur cette place est signe d’espérance en Dieu. Ne vous laissez pas voler l’espérance et la joie de vivre, qui naissent de l’expérience de la divine miséricorde, également grâce aux personnes qui vous accueillent et vous aident.

Tous ceux qui arrivent à se reconstruire témoignent que ce qui les a aidés à traverser toutes les épreuves rencontrées a été le coup de pouce au bon moment et, une fois arrivés dans un pays d’accueil, l’hospitalité partagée.

Aussi de très nombreuses associations tentent de répondre, avec leurs moyens, en offrant une aide technique mais surtout en soignant l’accueil et l’hospitalité.

En voici quelques témoignages qui sont aussi des signes d’espérance !

Dans ce dossier, vous pouvez trouver :

  • une présentation du parcours d’un demandeur d’asile et d’un organisme qui l’accompagne dans ses démarches
  • des témoignages des personnes travaillant auprès des migrants
  • une présentation d’un film abordant le thème des migrants
PARCOURS
Parcours d’un demandeur d’asile

Cette petite vidéo explique de manière succinte le parcours d’un demandeur d’asile depuis son arrivée en France jusqu’à ce qu’il obtienne le statut de réfugié.

Jesuit Refugee Service (JRS)

Le JRS est une organisation catholique internationale à l’œuvre dans plus de 40 pays avec la mission d’accompagner, servir et défendre les droits des réfugiés. Marcela a rejoint l’équipe de JRS France depuis six ans. Elle présente le travail d’accompagnement du JRS auprès des demandeurs d’asile.

AUPRES DES MIGRANTS
Auprès des migrants

Rien ne laissait présager mon engagement auprès des migrants. En France, mon lieu de militance et d’intervention professionnelle était la lutte contre l’exclusion sociale, et plus particulièrement du monde du travail, à travers la direction d’une entreprise d’insertion et une approche assez avant-gardiste dans les réseaux de l’économie sociale et solidaire.

Lors de mon envoi en Allemagne en 2012, j’imaginais une continuité dans cette ligne-là. Mais l’Allemagne, forte économiquement et qui ne connaît pas le chômage de masse, n’a pas développé cette économie alternative de la même manière. La lutte contre l’exclusion se concentre surtout sur l’hébergement des personnes en difficultés, plus que sur leur retour accompagné à l’emploi. L’employeur que j’ai trouvé, un établissement semi-public qui travaille directement pour le ministère des affaires sociales, a longtemps eu le monopole de la « gestion » des personnes à la rue, en travaillant bien sûr main dans la main avec des partenaires comme la Caritas, par exemple. C’est à ce titre qu’il a dû faire face à partir de l’été 2014 à l’arrivée toujours croissante de réfugiés – jusqu’à ce début d’année 2016 où le nombre de demandeurs d’asile diminue. Il en a d’ailleurs perdu son monopole, car il était impossible de faire face seul à l’ouverture de tant de nouveaux lieux d’accueil en si peu de temps. Certains d’entre eux ont donc ouvert sous la responsabilité de la Croix Rouge ou d’autres associations sociales.

Containers1Dans ce contexte, j’ai été affectée assez naturellement à l’urgence du moment, dans le plus gros centre de premier accueil d’Hambourg, là où les réfugiés attendent quelques mois de savoir s’ils auront le droit de rester ou s’ils seront repoussés à la frontière. Ce camp est passé en quelques mois de 800 résidents à 3 000 à l’été 2015. Des tentes collectives ont complété les préfabriqués appelés ici « containers ». Les salles de classe installées dans le camp ont même été réquisitionnées l’été dernier et remplies de lits de camp pour augmenter la capacité d’accueil. Dans la ville, de nombreux jardins, gymnases et terrains de sport ont été transformés en camps précaires. L’évêché a ouvert une salle près de la gare pour accueillir la nuit les migrants de passage qui poursuivaient leur route vers la Suède ou la HautboisNorvège. Toute la communauté Xavière d’Hambourg s’est trouvée ainsi investie, soit par l’organisation d’un petit concert participatif, avec distribution de gâteaux, dans mon camp à Noël 2014 et dans ces locaux près de la gare à Noël 2015, soit par quelques services nocturnes de certaines dans cet hébergement de transit de l’évêché.

Cette « propulsion » inattendue dans un monde nouveau pour moi m’a mise au cœur d’une actualité brûlante, et historique, et m’a complètement transformée. Elle a changé et élargi mon regard sur le monde, de manière irréversible. Je suis devenue très sensible aux difficultés et aux ambiguïtés des politiques internationales, à leur importance capitale comme « unique » lieu de résolution des problèmes, dans un monde où tout est complètement en interaction. A l’échelle de mon quotidien, cette actualité hyper médiatisée a surtout pris chair, pris visage. Je suis très impressionnée par le courage de ceux que j’ai en face de moi. Les talibans ont tué deux des quatre enfants de cet homme qui pleure dans mon bureau, suite à un discours politique et religieux qu’il a osé tenir et qui n’était pas de leur goût ; il est poursuivi pour être tué à son tour. Et cette femme syrienne, qui s’occupe seule avec tant de patience de ses deux enfants, parce que le papa est retenu ailleurs ; elle les emmène chez le dentiste, fait les courses, alors qu’elle est enceinte et sujette à une grossesse à risque… Tentes_CR_vuesdehautEt cette femme, qui a recueilli courageusement, en plus des siens, deux enfants perdus dans un bois, la nuit, du côté de la Hongrie. Arrivée en Allemagne, grâce à un numéro de téléphone portable, elle a réussi à contacter la maman des petits, affolée, qui a entretemps aussi réussi à atteindre l’Allemagne, à quelques centaines de km de là. Nous aurons la grande joie de pouvoir organiser le regroupement de la maman avec les deux enfants !  Je suis aussi très sensible à ceux qui avaient maison(s), voiture(s), travail, responsabilités, et qui se retrouvent démunis, en pays étranger, sans en connaître la langue. Enseignants, avocats, chefs de clinique ou ce micro-chirurgien pour les yeux… ils ne peuvent pas toujours le prouver – certains ont perdus papiers et diplômes dans l’eau lors de la traversée- et ils sont là, livrés à notre merci pour remplir les formulaires administratifs qu’ils ne comprennent pas. Bref, je me suis déjà beaucoup exprimée sur l’expérience humaine et spirituelle, la transformation et l’humanisation que me fait vivre ce nouveau métier (voir aussi les deux articles de jeunes cathos sur http://blog.jeunes-cathos.fr/2016/01/15/transformee-par-sa-mission-aupres-des-migrants/ ).

Aire_de_jeuxCe que je peux rajouter ici, c’est le sens que prend ce travail par rapport à notre fondation d’une communauté en Allemagne. Cette fondation découle d’un long processus de discernement et de décision et elle a de multiples racines et explications. Mais sans tout redévelopper, on peut dire quand même que la notion de réconciliation entre la France et l’Allemagne a eu du poids ; que le pôle France-Allemagne en particulier est attendu sur les questions de justice mondiale, d’équilibre Nord-Sud.  Cela a du sens pour nous de nous engager là. Aussi, c’est déjà avec beaucoup d’émotion que j’avais appris, quelques mois après notre arrivée en 2012, que l’Europe recevait le prix Nobel de la paix « pour son rôle dans la transformation « d’un continent de guerre en continent de paix » » (Le Monde, 10.12.2012). Aujourd’hui, la France étant beaucoup plus frileuse dans l’accueil des réfugiés, c’est aussi avec émotion que je vois la Xavière, à travers mon travail, entre autres, pouvoir prendre sa place dans l’accueil résolument actif de ces populations fuyant l’horreur, grâce à sa présence en Allemagne, pays qui en 2015 a ouvert ses portes à plus d’un million de personnes.

J’étendrai volontiers mon rôle, même si c’est de manière là aussi humble et très limitée, à une présence aux équipes. Ce que j’évoque « d’explosion » en nombre de personnes accueillies et en nombre d’ouverture de camps et lieux d’accueil, s’est fait en sous-effectif, le recrutement ne suivant pas la cadence des besoins du terrain. Les équipes ont travaillé dans des conditions parfois extrêmes : sans période d’accueil dans le nouveau job, sans bureau, sans ordinateur, sans chauffage, dans la boue, dans des conditions de sécurité douteuses, avec des horaires enflés et variables… Beaucoup sont d’ailleurs tombés malades et n’ont pas tenu. Je salue l’engagement, la ténacité et l’humanité de tous. La « managerin » de formation que je suis aurait bien voulu pouvoir faire plus au niveau des structures pour améliorer les conditions de travail des équipes et ainsi les soutenir, mais il ne m’en n’a pas été donné les moyens. J’en suis restée à un compagnonnage quotidien, aussi solidaire que possible.

Je démarre une nouvelle phase dans ce travail auprès des migrants, en ayant rejoint il y a deux mois, un hébergement de suite. Cela correspond à l’étape suivante, pour les demandeurs d’asile qui ont obtenu le droit de rester, et qui peuvent ainsi quitter les camps de premier accueil. Le but est désormais de trouver un travail, qui leur permettra de trouver ensuite un hébergement « normal » en ville, non collectif, et avec tout cela d’être armés pour un nouveau départ… L’enjeu majeur auquel est confrontée l’Allemagne désormais est en effet de réussir le pari de « l’intégration » de toutes ces personnes nouvellement accueillies. Des séminaires et des livres entiers sont consacrés à la question de ce que veut dire ce mot « intégration » et de ce par quoi cela passe… Disons que le défi est élevé ! Espérons que l’Allemagne, persuadée d’avoir à y gagner, le réussira et sera récompensée de la générosité de sa politique d’accueil.

Béatrice

PAS SANS TOI...T
capturePas sans Toi…t

Modeste mais motivée, la petite association Pas sans Toi …t 31 vient de fêter son premier anniversaire en tenant son Assemblée Générale, occasion d’un premier bilan et d’une relance.

Quelle mouche a donc piqué ses membres qui s’évertuent à trouver des logements temporaires pour des demandeurs d’asile en démarche active de régularisation pendant la période de réexamen de leur dossier ? Pourquoi se préoccupent-ils du sort de ces étrangers et de leurs familles souvent regardés de travers, perçus comme des gêneurs, voire des profiteurs, parfois même adeptes de redoutables extrémismes.

La réponse tient en peu de mots : ces parias sont des personnes humaines. Ils sont à regarder et à accueillir comme tels. Connaître et soutenir leurs droits s’impose, sans naïveté ni bons sentiments pour ne cautionner ni l’illégalité ni la délinquance. Nous avons souvent l’impression que ces immigrés arrivent tout droit de leurs pays pour échouer à nos frontières. Ils les passent en clandestins pour faire alors des pieds et des mains en vue de s’incruster chez nous. En fait la plupart d’entre eux parviennent en France au terme de longs périples, sans avoir pu ou su déposer leurs bardas en cours de route dans d’autres pays. Désorientés, abandonnés par des passeurs véreux, ils amorcent alors un parcours du combattant complexe dont on imagine mal la difficulté tant qu’on n’a pas vu de près ses différents obstacles : réglementations pointilleuses souvent interprétées à charge, informations et entretiens répétitifs, appréciations subtiles et risquées sur le choix du moment le plus opportun pour compléter un dossier ou relancer une procédure… La galère dure parfois des années ! Pendant tout ce temps ces demandeurs d’asile sont en droit de bénéficier, comme tout résident sur notre sol, de conditions matérielles minimales d’accueil, essentiellement du droit à l’hébergement et du droit à l’accès aux soins.

La situation devient épique pour ceux qui se trouvent finalement déboutés du droit d’asile. Ils doivent en effet quitter le Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) qui les hébergeait. même si, en toute légalité, ils forment un recours. Ils se retrouvent donc dehors, sans abri ni subsides car non seulement leur petite allocation de demandeurs d’asile s’éteint mais ils se trouvent dans l’interdiction légale de travailler ! Suivre un recours dans de telles conditions devient une gageure. Voilà pourquoi des citoyens choqués par ces dispositions injustes ont créé l’association Pas sans Toi…T 31 dans le but de procurer un toit à quelques uns de ces démunis (personnes seules et familles) et leur donner ainsi de meilleures chances de mener à bien leurs démarches de régularisation … non sans la menace permanente d’un OQTF[1] !

L’association ne perd pas de vue que cette aide à l’hébergement supplée une responsabilité des pouvoirs publics, déficients en la matière. Reste que la découverte de logements gracieusement offerts ou a faible loyer ne va pas de soi. Et vue l’étendue des besoins, connus ou non, les résultats concrets après un an d’exercice s’avèrent minimes. En bénéficient pour le moment une famille avec deux enfants, et bientôt une autre, une personne seule … L’action reste de l’ordre de la goutte d’eau que le colibri cher à Pierre Rabbi, portait dans son bec pour lutter contre un grand incendie. Invitation à chacun à prendre comme lui sa part active dans la lutte sans fin contre l’inhumanité.[2]

Michel Dagras

[1]     Ordre de Quitter le Territoire Français
[2]     pasasanstoit31@gmail.com

UN FILM

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Un Ours d’or  pour les migrants

Date de sortie 28 septembre 2016 

Nous entendons beaucoup parler du Festival de cinéma de Cannes et de sa Palme d’or. La Berlinade – festival de cinéma de Berlin – attribue elle aussi une prestigieuse récompense : l’Ours d’or. Cette année, il a été donné à un documentaire traitant de la question des réfugiés :  « Fuocoammare, au-delà de Lampedusa » (« La mer en feu »)

Dès le début du festival, le 11 février, la manifestation a  été dédiée aux victimes des grands déplacements de populations et la Berlinale s’est directement engagée dans la collecte de fonds pour venir en aide à celles et à ceux que l’Allemagne a accueillis. Plusieurs centaines de ces derniers ont par ailleurs été invités aux projections du festival. Et l’Ours d’or a été attribué à un documentaire, ce qui est rare.

Le réalisateur,  Gianfranco Rosi, est resté une année sur l’île, à l’écoute de ses habitants et de ceux qui secourent les migrants. Pour rendre compte de la réalité, il a choisi de prendre l’angle de vue d’un jeune garçon : Samuele. Il vit sur cette petite île de Lampedusa au milieu de la mer. Ce  n’est pas sur une île comme les autres, c’est une frontière hautement symbolique de l’Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.
Samuele va à l’école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île.  Il nous ressemble, nous savons que des drames se passent à notre porte. Mais c’est en parallèle avec notre vie.

« Terra ferma » d’Emmanuele  Crialese, sorti en 2011, a été tourné sur la même île et montrait la rencontre entre une famille de pêcheurs de l’île et une migrante, son fils de 12 ans et son bébé nouveau-né. Cinq ans plus tard, la rencontre n’est plus possible car les migrants sont recueillis en mer avant d’atteindre l’île. Nous embarquons alors sur un bateau de gardes-côtes et assistons à un sauvetage. Puis le médecin chef de l’hôpital de Lampedusa, qui reçoit les malades depuis 20 ans, nous parle avec beaucoup d’humanité des drames qu’il rencontre.

Ce documentaire vient s’ajouter au grand nombre de films réalisés autour du problème des migrations. Dans sa sobriété et sa rigueur, il nous atteint profondément.

Ne ratez pas sa sortie le 28 septembre.

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