Depuis 2009, Monique participe à l’aumônerie de la prison, à Korhogo dans le nord de la Côte d’Ivoire. Les rencontres qu’elle y vit sont des « Visitations » qui l’évangélisent elle-même.

Jeudi matin : j’enfourche ma petite moto pour me diriger vers la prison de Korhogo comme chaque semaine. Ce matin, c’est la rencontre des hommes. Sur plus de 400 détenus (dans une prison faite pour 150…), ils sont une trentaine de « chrétiens » de différentes Eglises, au milieu d’une grande majorité musulmane. Beaucoup ont commencé à prier depuis qu’ils sont à la prison, le témoignage de la petite communauté chrétienne de ce lieu les ayant attirés, certains venant de l’animisme.

Nous nous réunissons dans une des cellules où ils dorment à plus de 150. Les autres détenus nous laissent de la place. Après des chants et une prière commune, nous formons 2 groupes : ceux qui commencent la catéchèse et les baptisés. Les partages sont toujours impressionnants : au cœur de l’épreuve de la détention, ces hommes témoignent de la joie reçue, de la prière au cœur de la nuit, de la conversion pour vivre un amour fraternel dans cette si grande promiscuité. Nous terminons tous ensemble par une prière, où je partage l’Eucharistie aux quelques baptisés qui seront la présence du Christ Ressuscité au cœur de cette prison.

Depuis 3 ans, la semaine après Pâques, ils me remettent leur offrande de carême pour partager le fruit de leurs privations à des nécessiteux à l’extérieur, alors qu’eux-mêmes sont dans des conditions si précaires… Je pense à chaque fois à l’obole de la veuve : « Elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre »

Vendredi matin, c’est le jour des mineurs et des femmes. J’ai la chance d’être accompagnée par Joséphine, handicapée et analphabète, qui saura leur parler en jonglant entre le français, le dioula et le senoufo, et de plus qui aime tant les faire chanter !

Les mineurs sont tous musulmans mais demandent toujours à entendre parler de Jésus. Je suis toujours touchée par leur attente, leur côté vulnérable, eux qui ont volé, violé… La plupart ont été livrés à eux-mêmes et n’ont pas réalisé la portée de leurs actes. Leur manifester de la considération, de la tendresse, c’est leur révéler qu’ils sont eux-aussi aimés de Dieu et peuvent reprendre un départ dans la vie.

Du côté des femmes, quasiment toutes analphabètes,  la réalité est assez dure : plus de la moitié sont là pour homicide, volontaire ou involontaire. Mais peu à peu, elles s’ouvrent à la miséricorde de Dieu, et les chants dans leurs différentes langues détendent l’atmosphère, quand cela ne se transforme pas en danse.

Ces rencontres à la prison me mettent en contact avec la dure réalité du mal, ce mal que le Christ a pris sur Lui : « Il n’a pas eu honte de les appeler ses frères » (He  2, 11). Passion et résurrection y sont mêlées, car ces frères et sœurs sont aussi ceux qui m’évangélisent en profondeur, en me faisant témoin privilégiée de l’œuvre de Dieu en eux. Le partage de Khalifa vous montrera que ce n’est pas du bluff !

Et de plus en plus, tout un réseau de solidarité se crée autour de la prison, surtout depuis l’Année de la Miséricorde :

  • Chaque mois, depuis plusieurs années, une personne anonyme leur fait livrer un paquet de « Compagnon de prière », le livret mensuel des textes liturgiques, qui leur permet de prier ensemble, dans chaque cellule,  le matin avant l’ouverture des portes.
  • A l’occasion des fêtes de Noël, Pâques, différents groupes se mobilisent pour faire des dons à la prison.
  • Encore à l’occasion de ces fêtes, une chorale paroissiale vient faire l’animation de la messe, avec les balafons, pour la plus grande joie des détenus qui l’expriment par la danse.
  • Un groupe d’étudiants vient de cotiser pour faire une offrande afin d’aider à payer les ordonnances de ceux qui sont sans famille.
  • Etc…

 

Témoignage de Khalifa qui est le plus ancien détenu à la prison, incarcéré depuis 6 ans sans jugement et dont l’innocence vient d’être confirmée. Il est le responsable de la communauté chrétienne de la prison où beaucoup découvrent la foi grâce à lui. Il vit cette injustice en remettant tout dans les mains de Dieu :

Depuis mon arrivée en prison, j’ai compris que la prison n’est pas un lieu de torture, mais plutôt un lieu d’enseignement dans la vie. Sans les épreuves, l’homme vit une vie cachée. Quand j’étais dehors, je croyais que la prison était faite pour les brigands. Et quand j’y suis arrivé, j’ai trouvé que c’est un lieu de purification parce qu’elle nous rapproche de Dieu. Sinon la prison ne détruit personne. J’ai trouvé ici des gens en prison qui n’étaient pas des croyants dehors, et ils ont commencé à prier. J’ai vu en eux un changement. Quand tu donnes ta vie à Dieu, ce n’est plus toi qui vis, c’est l’esprit de Dieu qui vit en toi. Tu deviens un homme libre parce que tu ne fais plus confiance aux génies et aux marabouts. Là tu marches dans la lumière parce que ton seul protecteur, c’est Dieu seul.

Même si je souffre, je ne suis pas seul, Dieu est avec moi. Je l’ai bien compris en prison parce que toute la grande famille m’a abandonné, mais Dieu est avec moi et veille sur ma petite famille. Je ne pouvais pas imaginer que cela pouvait se faire : me laisser en prison et nourrir ma famille. 6 années en prison ! Mais ma famille se porte bien et moi aussi par la grâce de Dieu, je suis en bonne santé.  Dieu est merveilleux et c’est bon de croire en lui seul et c’est l’appel que je lance à tous mes frères et sœurs : que la souffrance ne doit pas nous empêcher de suivre Dieu quelle que soit la durée.

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