Monique est dans la communauté de Korhogo (Côte d’Ivoire). Depuis 10 ans, elle assure la pastorale au sein de la prison, tout d’abord seule, puis maintenant avec toute une équipe (prêtre, diacre, laïcs). Elle nous partage ce qui s’est vécu… entre Passion et Résurrection.

D’abord la Passion. En novembre, les détenus sont arrivés à un nombre encore jamais atteint : 550 dans une prison de 100-150 places !

Ils dorment à plus de 200 dans chacune des 2 grandes cellules, enfermés le soir à 18h jusqu’à 8h le matin. La place ne leur permet pas à tous de se coucher, la majorité reste assise, les jambes repliées et certains doivent même rester debout, d’où des œdèmes dans les jambes. Le minimum des droits de l’homme ne sont plus respectés, surtout avec la chaleur et les coupures d’eau. Un surveillant chargé de fermer les cellules à 18h m’a dit qu’il n’arrivait plus à dormir car il se sent coupable d’enfermer des êtres humains ainsi. Le régisseur a tout fait pour alerter les autorités, mais quelle solution ? En décembre, une centaine de détenus, avec les plus lourdes peines,  ont été transférés au camp pénal de Bouaké, ce qui a un peu soulagé les effectifs. Mais le chiffre ré-augmente chaque semaine et actuellement nous sommes déjà revenus à 530. C’est une chose d’être privé de liberté et c’est autre chose de vivre dans de telles conditions inhumaines !

J’ai du mal à retourner aux audiences du mardi au Tribunal car lorsque j’entends les condamnations à de très longues peines pour des délits moyens, cela me rend malade. Je réalise de plus en plus la souffrance de la famille qui reste privée de la présence du père et aussi … du salaire qui les faisait vivre.

Et pourtant, c’est dans ce contexte que certains vont découvrir le Christ et choisir de le suivre. Le Samedi saint 2019 a été un grand événement inédit à la prison de Korhogo avec deux baptêmes et une profession de foi pour entrer dans l’Église catholique. Les deux baptisés viennent tous les deux de la religion traditionnelle et c’est dans la prison qu’ils ont entendu la Parole de Dieu par des détenus chrétiens qui sont venus vers eux. Cette Parole les a touchés au cœur comme une vraie Bonne Nouvelle, venant éclairer leur vie. Et au fil des années, avec le groupe des chrétiens dans la prison, ils ont pu faire leur préparation au baptême et sont vraiment devenus des chrétiens convaincus qui ne craignent pas de partager cette bonne nouvelle aux autres. D’ailleurs, cette célébration a fait surgir chez d’autres le désir de demander le baptême.

La célébration dans la grande cour de la prison a été très festive, avec l’aide d’une chorale paroissiale senoufo et s’est longuement prolongée avec des chants et des danses auxquelles même le régisseur musulman a participé. Deux paroisses se sont aussi impliquées pour un partage de nourriture et boissons. Le lendemain, jour de Pâques, c’est un groupe protestant qui a apporté un repas abondant pour toute la prison. Le lundi, une Ivoirienne vivant en France a apporté 100 poulets : un vrai festin !

Je n’ai hélas pas pu participer à toutes ces festivités, étant en triduum à Bouaké, mais le partage que nous avons eu à mon retour manifestait bien que cela a été pour beaucoup une vraie expérience de Résurrection, avec une joie toujours bien réelle quatre jours après. Comme l’exprimait l’un d’eux : «  C’est vrai : notre corps est ici en prison, mais notre esprit est libre maintenant ! » et un autre « Il y a eu beaucoup de Pâques, mais celle de 2019, on s’en souviendra jusqu’à notre mort ».

Monique

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