Trois xavières salariées de Jeanne Garnier témoignent de leur mission dans cet établissement depuis le début de la crise sanitaire.

La Maison Médicale Jeanne Garnier est une Unité de Soins Palliatifs (USP) de 81 lits où les xavières sont engagées depuis 1988, à la demande du Cardinal Lustiger. La maison accueille des personnes malades, à un stade avancé ou terminal de leur affection, pour leur assurer les soins palliatifs et l’accompagnement que leur état requiert.

En avril dernier, la maison médicale a répondu aux appels entendus et a ouvert un service aux patients atteints de COVID-19.

Perrine, médecin

En début de pandémie, nous avons réfléchi à l’ouverture d’un secteur COVID pour répondre aux besoins de la situation sanitaire en France. Cela ne s’est pas fait sans résistances et peurs : peur pour le personnel soignant, résistance devant le manque de moyens et peut être manque de confiance. A l’époque, nous n’avions pas de masques pour tous les soignants… et puis les masques sont arrivés grâce à la recherche de certains très motivés.  Il y a eu un appel au personnel volontaire.

Nous avons ouvert un premier service le 25 mars. En 48h celui-ci a été rempli. Devant l’urgence de la situation et la motivation de certains, un deuxième service a été ouvert. Le personnel a répondu présent.

J’ai donc participé à l’ouverture de ce service COVID + : avec une équipe inédite, tous volontaires et très motivés. Nous apprenons à nous connaître et à nous adapter à une nouvelle façon d’accompagner. Nous sommes face à une maladie inconnue très surprenante par ses variétés évolutives : une aggravation peut arriver très rapidement et peut être imprévisible. Mais certains traversent cette maladie et guérissent. Ce fut une grande joie de voir sortir des patients…

Le plus difficile pour moi a été de porter un masque toute la journée sans pouvoir boire (sauf pendant la pause déjeuner).  Tous les matins, je me déguise en « pingouin » :  tenue jetable, masque, charlotte… Je me suis aperçu de l’importance de mon corps dans l’accompagnement : là, seul mon regard peut transparaître. Je n’ai aucun signe distinctif avec les autres soignants. D’habitude, ma blouse blanche, mon stetho signent mon identité de médecin. Pour les patients, c’est aussi difficile de ne voir aucun visage : un patient m’a fait remarquer qu’il aimerait bien retrouver des relations sociales sans masque.

Ce qui m’habite, c’est l’adaptation perpétuelle à laquelle nous sommes appelés :

Les visites ont été interdites ou très limitées depuis le début de la crise surtout dans le secteur COVID. Nous avons réalisé que c’était trop difficile pour les familles et pour les soignants. Avec les moyens que nous avons, il a été possible de ré-autoriser les visites sur avis médical. Ce fut une bouffée d’oxygène pour nous de revoir des familles…

L’utilisation du téléphone et maintenant des tablettes arrivées récemment nous permettent de maintenir le lien avec les familles. Je suis très souvent émue par les remerciements des familles pour un simple coup de téléphone.  Ce qui était exceptionnel est devenu notre quotidien.  J’apprends à apprécier différemment ces moyens de communication.

Tous les jours, nous avons une réunion de crise et nous discutons de nouvelles mesures à prendre ou à défaire en fonction des moyens et de l’expérience vécue dans les services.  « Adaptons-nous perpétuellement »…

Mireille, responsable de l’association des bénévoles

Au début de la crise sanitaire, les bénévoles de plus de 70 ans ont été priés de rester chez eux, à leur grand dam ! Puis très rapidement le confinement est arrivé, et là tout le monde a dû partir, y compris les salariés de l’association. Je suis revenue à la Maison Médicale pour participer aux réunions de crise.

Les bénévoles ont multiplié les gestes de soutien envers les soignants et tout le personnel : fraises, chocolats, fleurs, messages de soutien, sans parler des surblouses tout d’abord et maintenant des tabliers fort appréciés (qui sont mieux que ceux du commerce ! Et je pense que maintenant nous en sommes à quelque chose comme déjà 4000 tabliers confectionnés, et la fabrique marche toujours !). Les équipes sont très remerciantes et reconnaissantes !

Au niveau de l’association des bénévoles, nous avons pris quelques initiatives pour chercher comment continuer à apporter soutien et réconfort aux patients et aux familles… Nos propositions sont modestes et peinent parfois à se mettre en place, mais nous espérons qu’en persévérant, et avec le confinement qui dure, elles pourront être utiles. Nous avons développé des permanences téléphoniques, avec la ligne téléphonique des bénévoles, la ligne du Pôle suivi de deuil, et la participation à une plateforme d’écoute des endeuillés (« Mieux traverser son deuil »).

La présence de bénévoles a été de nouveau rendue possible dans les 2 étages non covid pour aider les patients à se servir des tablettes que la Maison Médicale met à leur disposition, ou sortir des patients dans le jardin. Quelques bénévoles ont répondu positivement et ont commencé ce service. Il a été entendu qu’il s’agirait de visites relativement courtes (2h), et seulement 3 fois par semaine en tout. Chacun ne venant qu’une fois, pour ne pas trop rompre le confinement en vigueur actuellement.

Marie-Noël, responsable de l’aumônerie

Depuis le 14 mars, l’aumônerie n’est plus autorisée à faire des visites dans les chambres. Les malades ne peuvent plus assister à la messe physiquement. L’aumônerie ne peut plus faire la prière de départ directement avec les familles au moment de la mise en bière.

Pour rester en lien avec les malades et les familles, je fais la permanence téléphonique, un aumônier vient dire la messe 3 fois par semaine. Nous avons de la chance à Jeanne Garnier car les messes et le chapelet sont retransmis à la TV dans les chambres. Je dis le chapelet avec une xavière de la communauté à 15h pour rejoindre les personnes qui ont cette dévotion, les bénévoles de l’aumônerie se joignent à moi là où elles sont pour dire le chapelet.

Le Jeudi Saint, j’ai décoré la chapelle avec le matériel du lavement des pieds. Le Vendredi Saint, nous avons fait le chemin de croix préparé par une xavière de la communauté à partir de peintures d’Arcabas. Geneviève a projeté sur l’écran les images que les malades ont pu suivre à la TV. Et la messe de Pâques a été transmise le dimanche à 15h.

Pour les familles endeuillées, la directrice a fait installer des écrans dans les trois salons du funérarium. Je fais le lien entre la famille et une bénévole de l’aumônerie pour préparer la prière de départ par téléphone. Une fois le choix des textes ou de la musique fait, la bénévole m’envoie le déroulement et moi j’enregistre  en vidéo le déroulement de la prière de départ sur une clé USB : la famille branche la clé sur l’écran et suit la prière.

Pendant cette période, l’aumônerie continue d’être présente ; elle continue sa mission autrement.
J’ai mis du temps pour trouver le sens de ce mode de présence : une présence discrète, pas visible, qui ne fait pas du bruit. En étant sur place, je continue d’allumer les vitraux tous les jours, je continue de mettre des lumignons et fleurir la chapelle comme avant même si personne ne passe dans cette chapelle.

Je tiens ma lampe allumée, car la « Présence réelle » est toujours là. Je tiens à cette présence pour faire la prière d’intercession pour les malades que je ne peux pas visiter directement. Je tiens ma lampe allumée pour les familles qui ne peuvent pas dire adieu à leurs proches comme ils le voudraient. Je tiens ma lampe allumée pour les soignants et ceux qui contribuent à la prise en charge des patients.

Le Christ est Ressuscité, Il est vraiment Ressuscité ! Avec cette assurance, l’aumônerie continue sa mission autrement. « Il faut s’adapter perpétuellement ».

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