A l’occasion de la fête de l’Épiphanie, Geneviève Roux nous propose de contempler ce tableau de Mantegna, datant du 15è siècle.
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L’adoration des Mages
Ici, pas de paysage, pas de crèche ni d’étable, pas de siège royal…mais, dans un plan très rapproché, cinq visages qui entourent un enfant.
Dans la moitié de gauche, la Sainte famille. Joseph, dont nous ne voyons que le visage regarde les personnages de droite par-dessus l’épaule de Marie. Celle-ci, délicatement inclinée, présente l’enfant : la courbe de son visage et de son cou suit fidèlement le mouvement de son enfant. Et lui, enveloppé d’un tissu blanc, semble attiré par le vase orangé, à moins qu’il ne bénisse les trois personnages serrés dans la partie de droite. Cinq visages, et un petit enfant ; trois présents, et une bénédiction, voilà ce que nous montre la peinture de Mantegna – un peintre italien du 16ème siècle.
Sous le drapé savant de sa coiffure (comme en portaient les femmes italiennes de la fin du 15ème siècle) le visage de Marie manifeste une attention profonde ; paupières presque closes sur la vision intérieure. Mais quels langes étranges… avec ce pan de tissu qui recouvre la tête de l’enfant. Est-ce un lange ? N’est-ce pas plutôt un linceul ? Le regard grave de l’enfant-Jésus nous oriente vers cette interprétation inspirée de l’épître aux Philippiens : « Devenu semblable aux hommes,… il s’humilia jusqu’à la mort. » (Ph 2,7)
Déjà dans les icônes de la nativité le berceau est figuré comme un sarcophage et l’enfant est lié par les bandelettes comme celles qu’évoquent Luc ou Jean dans les récits du matin de la résurrection.
La main aux deux doigts repliés est celle du Christ souverain.
Voici donc qu’au centre du tableau, tout le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption nous est donné à voir : la Parole éternelle du Père est devenue un enfant nouveau-né qui ne sait pas parler. Et les mains de Marie l’offrent à notre adoration.
Devant l’Enfant les mages se recueillent.
- Melchior, au centre est coiffé d’un turban blanc et d’un bonnet rouge à la mode turque de l’époque. Dans l’écrin mat de la peau, les yeux bruns semblent regarder encore l’étoile qui les mena jusqu’en ces lieux.
Son oreille est rabattue par le turban comme s’il la tendait pour écouter une voix secrète. Est-ce déjà celle de l’ange qui va dire aux mages de retourner chez eux par un autre chemin ?
- Au-dessous de lui, ce vieil homme chauve à l’abondante barbe blanche, c’est Gaspar venu du lointain Orient. Sa barbe est celle des vieux sages chinois comme on les voit sur des peintures de haute époque. Son manteau est de soie brodée et le col d’une fourrure rare de tigre ou de panthère. La coupe de porcelaine chinoise qu’il présente est remplie de pièces d’or.
Son regard pénétrant est levé vers l’enfant. « Nos yeux sont levés vers le Seigneur tant qu’il nous prenne en pitié. » (Ps 122). Comme l’oreille tendue, l’œil écoute. Gaspar se tient là, humblement et il médite sur ce mystère d’un astre éblouissant qui l’a conduit à cet enfant sans gloire ni prestance
- Le turban orange enserre une coiffe en peau de léopard comme seuls les chefs de grand lignage peuvent en porter en Éthiopie. La douce fluorescence des perles vient rimer avec les dents éclatantes que révèle la bouche entrouverte d’étonnement. Ébloui, Balthasar, le roi éthiopien contemple Marie.
Voici le monde entier réuni autour de l’enfant : l’Asie avec Gaspar, l’Afrique avec Balthasar, le Proche Orient avec Melchior, l’Europe avec Marie et Joseph (figurés comme des italiens du 15ème siècle). Tout le monde connu à l’époque s’est approché de Lui.
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » (Is 9,1)
Contraste de la fragilité et de la petitesse de l’enfant et de la puissance de cette lumière qui se lève avec lui.
Réuni autour de l’enfant, le monde lui fait allégeance.
- Melchior dans un brûle parfum d’ambre offre l’encens à celui qui est prêtre à jamais.
- Avec Gaspar c’est tout l’or du monde qui est offert au Roi des rois : « Qu’il vive et que lui soit donné l’or de Saba ! On priera sans relâche pour Lui, tout le jour on le bénira.» (Ps 71)
- Sculpté dans la pierre d’agate, le vase de Balthasar contient la myrrhe des embaumements et annonce déjà la mort du Christ sur la croix.
Venez, adorons-le !
De l’or, de l’encens, de la myrrhe ! Ces présents sont un acte d’obédience. Ils expriment la reconnaissance d’une personne royale et divine selon la loi de l’Orient. Ces dons disent : « Je te prends comme mon Seigneur ; je suis à ta disposition. »
C’est cela que chacun vient faire. Oui, chacun à sa manière se tient à la disposition de l’enfant et son chemin en est changé.
Adorer l’enfant c’est choisir de le suivre sur son chemin.
Entendrons-nous la voix de l’ange ? Suivrons- nous l’Enfant ?
Évangile de la fête de l’Épiphanie (Mt 2, 9-12)
« Après avoir entendu le roi, les mages venus d’Orient quittèrent Jérusalem. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enf Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joi Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. »
Vidéo
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