Relire son année sous le regard de Dieu

« Faire le point », « se poser », « faire le bilan », autant de termes que nous utilisons pour, en fin d’année ou durant des vacances, essayer de prendre du recul, nommer ce qui s’est passé dans notre année. Notre vie est en effet si remplie, vécue parfois comme sous pression, qu’elle ne nous permet pas toujours de prendre le temps de laisser descendre en nous l’essentiel, de digérer les événements, d’en découvrir le sens profond et nous réorienter, si besoin.

Par Bénédicte Lamoureux, xavière

Article initialement paru dans le numéro 80 de notre revue Dialogue.

Il n’est pas étonnant que la marche et les pèlerinages aient autant de succès de nos jours. Nous avons tant besoin de silence et de solitude, de respiration pour laisser décanter tout ce qui nous habite. Comme marcher, relire est un exercice. Il comporte une entrée en soi, un retour sur son passé. Il permet de donner du poids à certains événements plus qu’à d’autres. Il redonne sens à notre vie.

Mais l’exercice que nous proposons ici n’est pas un bilan d’année, même s’il en comporte des aspects. Il s’agit en effet de vivre un exercice spirituel : relire les traces de la présence de Dieu dans notre histoire.

Relire les traces de Dieu dans son histoire

Relire sa vie sous le regard de Dieu est un acte de foi. Celui qui s’y exerce croit que Dieu existe, qu’Il est présent, à l’œuvre dans son histoire, dans sa vie de prière, de travail, en famille, dans ses relations, ses engagements divers. Relire met en jeu la mémoire des événements vécus mais aussi l’intelligence des situations ; il s’agit d’exercer son regard pour discerner quel esprit nous a conduits. Le but de cette relecture spirituelle est la reconnaissance de l’action, de la présence bienveillante de Dieu en nous afin de pouvoir rendre grâce pour tout ce que nous avons reçu. Les reconnaître permet d’entrer plus avant dans une vraie confiance en Dieu, en la vie, et affermit notre espérance.

Parfois, la présence du Seigneur semble ténue, cachée… Relire permet de découvrir qu’Il était davantage présent que nous ne le croyions et de s’exclamer d’un cœur joyeux et étonné comme Jacob : « Il était là et je le ne savais pas ! » (Gn 28, 16).

Une tradition biblique et spirituelle de l’Église

La Bible est faite de relectures. Dans l’Ancien Testament, les Juifs ont appris qui est Dieu dans l’événement de la libération d’Égypte, en particulier dans le passage de la mer Rouge. Le commandement pour Israël est : «Souviens-toi, garde-toi bien d’oublier. » Législateurs, prophètes, sages, historiens et poètes relisent cette expérience avec tout ce qu’elle comporte de trahisons, d’oublis, de repentirs, et de la part de Dieu, de pardon, de miséricorde, d’appels et de fidélité. Dans le Nouveau Testament, Jésus invite souvent les hommes et les femmes qu’il rencontre à relire, ainsi des pèlerins d’Emmaüs.

Relire, sous le regard de Dieu, est occasion de prise de conscience et de conversion. C’est donc une grande aide pour progresser dans la vie spirituelle. Ainsi en témoignent de grands saints comme saint Augustin, sainte Thérèse d’Avila, saint Ignace de Loyola, qui ont relu et transcrit leur recherche de Dieu. Ces chemins retracés sont de véritables trésors pour nous aider aujourd’hui à comprendre et éclairer notre propre recherche de Dieu. Cet héritage constitue la tradition spirituelle de l’Église.

Comment relire ?

Dégager du temps, se trouver un lieu de silence et de paix, de solitude… Mettre téléphone et ordinateur au repos eux aussi !
• Prendre avec soi le carnet où nous avons l’habitude de noter quelques éléments de notre histoire ou en acheter un pour commencer. Prendre aussi son agenda pour revoir concrètement ce qui a été vécu, une Bible, et de quoi noter.
• Se préparer le cœur et l’esprit, c’est-à-dire travailler à se rendre disponible pour utiliser au mieux toutes nos facultés car la mémoire, l’intelligence et la volonté sont convoquées.
• Petit conseil pratique : arriver de préférence reposé.

Se mettre en présence de Dieu. Prendre le temps d’entrer dans le silence et de se placer sous le regard bienveillant du Seigneur qui regarde cette année avec nous.

Laisser remonter à la mémoire en repensant à l’année, sans faire de tri, laisser revenir à la mémoire ce qui vient dans le silence.
• Des événements marquants au travail, dans la société, en famille, avec les amis…
• Des rencontres gravées en soi…
• Des images évoquant l’année : désert ou oasis ? autoroute ou long chemin sinueux ? tempête ou eau tranquille ? source vivifiante? terre sèche, stérile ou fertile ?
• Des paroles de Dieu reçues dans la prière, entendues lors des célébrations…
• Des lectures…

Prendre son carnet
Noter rapidement ce qui vient de remonter de ma mémoire, puis, si j’ai l’habitude de noter régulièrement dans l’année, le confronter avec mes notes et mon agenda… Qu’est-ce que je découvre ? Qu’avais-je oublié ? Les silences peuvent être tout aussi parlants que les répétitions. Globalement qu’est-ce que cet exercice me dit de mon année, de la présence de Dieu et de ma relation à lui ?

Écrire ou dessiner
Choisir les mots, les phrases, est une manière de poser sa vie devant Dieu. Le passage par l’écriture opère une distance et permet de creuser, de relier les éléments entre eux.
Souvent écrire permet de voir émerger un fil rouge, une découverte qui éclaire, une souffrance qui revient, une question qui devient lancinante et que l’on ne peut plus éviter…
Parfois une phrase, un texte biblique, une parole de Dieu seront redonnés, comme les mots qui permettent de nouer l’ensemble de l’expérience et de la rattacher à toute une histoire.
C’est ainsi que peu à peu s’écrit notre histoire sainte.

Prier
Vient alors le temps de prier avec tous ces mots, de les peser devant Dieu, de reprendre la parole reçue. La prière va faire son œuvre d’apaisement et d’unification.
Remettre cette vie à Dieu en lui en parlant, l’exposer à la lumière de sa Parole, c’est aussi s’exposer à en recevoir une autre compréhension, comme pour les disciples d’Emmaüs avec qui le Christ chemine : il leur explique les Écritures et d’un seul coup leurs yeux s’ouvrent au partage du pain !
Une autre parole complétera peut-être encore le fruit reçu, comme un cadeau, qui ressaisit, retrace et ouvre un chemin. Elle sera à la fois comme lumière et pain pour la route à venir. Elle ouvrira le cœur pour rendre grâce et demander la force pour la suite.

Parler à quelqu’un
Il peut être ensuite profitable d’approfondir ce chemin avec un témoin qui aidera à aller plus loin. Revoir avec lui comment tout ce qui a été vécu nourrit et approfondit la relation au Seigneur, aide à prendre telle ou telle décision importante pour la suite.
Faire l’expérience de la relecture c’est rendre toutes grâces à Dieu et comme Marie, « garder toutes ces choses dans son cœur »

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