Directrice d’une entreprise à but d’emploi

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Béatrice, xavière, dirige une entreprise à but d’emploi (E.B.E) du projet « territoire zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) dans le centre de la France et nous en donne des nouvelles.

L’entreprise, qui fait partie du secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE), a désormais bien pris son envol depuis sa création il y a 3 ans : 116 emplois en CDI ont été créés, dont 104 pour des personnes issues de la privation longue d’emploi, habitant dans trois Quartiers Prioritaires de la Ville.

L’EBE de Migné-Auxances dont je vous parlais en 2023 a dû renoncer à ouvrir, mais il m’a été confié la direction d’une autre, qui venait de se lancer. 

Il s’agit de créer des emplois décents, de qualité, à forte utilité sociale et environnementale ; c’est très stimulant d’une part et capital d’autre part, pour que les personnes embauchées retrouvent progressivement « l’estime de soi ».

Les activités développées sont :

  • Une ressourcerie du jouet. Ce sont 15 tonnes par an de jeux et jouets qui sont testés, nettoyés, réparés, complétés soigneusement et remis en vente dans nos boutiques ;
  • Une plateforme logistique (entrepôt, camions…), qui permet d’approvisionner les épiceries sociales du département ou d’assurer la logistique du dernier kilomètre pour d’autres clients, en livrant en vélo-cargo dans la ville (cyclo-logistique) ;
hangar
  • Des emplois verts, avec par exemple l’entretien des compostages collectifs de l’agglomération, la création de haies sèches paysagères, du maraichage bio alimentant la plateforme logistique pour les épiceries sociales…
  • Du délissage de masques médicaux, cartables, équipements de protection, pour séparer les matières et envoyer la matière principale apurée en recyclage pour confectionner des blousons, des coques de smartphones, des règles d’écoliers …
  • Et d’autres services, comme le nettoyage intérieur de voitures, ou confections comme des fleurs en bois, du petit bois d’allumage…
fleurs par 5

En 2026 va ouvrir une plateforme d’économie circulaire pour la communauté d’agglomération, dans laquelle les déchets des entreprises pourront devenir des ressources pour les autres. Par exemple, les caisses d’emballages des cockpits d’avions de Dassault pourront servir de caisses de tri pour d’autres, ou bien le mobilier état neuf des entreprises qui changent leur identité visuelle (couleurs…) pourra être utilisé par d’autres entreprises qui ont besoin de s’équiper. L’E.B.E assurera sur ce site les prestations de collectes et de démantèlement des différents flux.

Cette direction et le développement du projet demandent beaucoup d’énergie. Tout est à créer, à inventer, à construire, à structurer, à sécuriser… dans un contexte incertain et une conjecture financière nationale terrible. La fin de l’expérimentation « territoire zéro chômeur de longue durée » prévue fin juin 2026, avec le vote d’une loi du « droit à l’emploi » pour la pérenniser, a été repoussée à fin 2026, et il n’y a aujourd’hui aucune visibilité sur les décrets d’application et de financement qui lui seront associés.

Mais humainement ce qui se vit là est très fort. Les salariés expriment retrouver confiance en eux, le goût de sortir et de (re)voir du monde, d’apprendre de nouvelles compétences. Sur le temps de travail, des cours de code, des cours de français, des formations informatiques, sur la sécurité ou encore sur la gestion des émotions, l’accès aux droits, la gestion de son budget, permettent d’accompagner cet accès à l’emploi. Nous voyons les plus anciens se stabiliser, trouver des repères, d’autres se déployer…

Je pense souvent à l’expression d’un ami appartenant au mouvement des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens, mouvement qui a à cœur d’agir aussi en faveur des plus fragilisés et avec eux : « en vivant le compagnonnage avec des personnes vulnérables, on devient plus complet ».

Par cette expérience et à travers les personnes que j’y côtoie et rencontre, Dieu continue assurément je le vois bien, à me transformer, à compléter mon humanité.

Je répète d’une part que l’aide la plus importante à une personne pauvre consiste à l’aider à trouver un bon travail, afin qu’elle puisse gagner sa vie de manière plus conforme à sa dignité en développant ses capacités et en offrant ses efforts personnels. Le fait est que « le manque de travail c’est beaucoup plus que le manque d’une source de revenus pour vivre. Le travail c’est aussi cela, mais il représente beaucoup, beaucoup plus. En travaillant, nous devenons davantage des personnes, notre humanité fleurit, les jeunes ne deviennent adultes qu’en travaillant. La Doctrine sociale de l’Église a toujours considéré le travail humain comme une participation à la création qui continue chaque jour, également grâce aux mains, à l’esprit et au cœur des travailleurs ». (Léon XIV dans Dilexi Te -n°115).

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