Monique Lorrain s’est éteinte ce mardi 29 septembre 2026 à l’âge de 79 ans. Elle a vécu une grande partie de sa vie en Afrique. Partout où elle a passé elle a fait preuve d’un grand amour des personnes, en particulier des plus pauvres. Nous rendons grâce pour la beauté et la fécondité de sa vie !
Monique est née le 6 septembre 1947 à Chinon, dans l’Indre-et-Loire. Elle a une sœur aînée et deux frères plus jeunes. Monique entre à La Xavière le 30 septembre 1967, alors qu’elle est encore étudiante en biochimie. Elle prononce ses premiers vœux en 1970 et ses vœux définitifs en 1979. Lorsqu’elle relit sa vie 50 ans après, elle s’étonne de sa vocation :
« Aussi loin que remonte ma mémoire, toute petite, j’ai toujours su que ma vie serait donnée à Dieu. Pourtant je ne suis pas d’une famille très chrétienne, même si nous avons reçu une éducation religieuse dans l’enfance. Aucun de mes frères et sœur n’ont continué sur le chemin de la foi. Et à la mort de ma mère en 2013, une de mes nièces m’a dit : « Vous étiez deux croyantes dans la famille, maintenant il n’y a plus que toi ». Oui, pourquoi cet appel de Dieu sur moi, un appel si précoce auquel rien ne me prédisposait ? Je n’ai pas de réponse sinon la gratuité si étonnante de Dieu. »
Des missions variées
Les missions confiées à Monique ont été riches et variées. Après avoir obtenu un BTS de diététicienne, elle exerce ce métier quelques années à Ivry, près de Paris, puis à Abidjan en Côte d’Ivoire, où elle vit un premier envoi entre 1976 et 1983.
« C’est par la diététique que j’ai vraiment pris conscience de l’enjeu de la vie humaine dans les actes les plus ordinaires. Il se joue là quelque chose de fondamental dans notre relation à Dieu. » (Dialogue n° 48, 1982).
Puis de retour en France en 1983, elle se forme en alcoologie tout en menant des activités spirituelles à la Pourraque, en Provence. Envoyée à N’Djamena, au Tchad, en 1995, elle y poursuit ses activités dans le domaine de la nutrition et des activités spirituelles. En 1999, avec un prêtre et un laïc, Monique fonde le CEDIRAA (Centre Diocésain de Recherche Action en Alcoologie), pour agir face à cette tornade de l’alcoolisme qui emporte tant de vies et brise tant de familles. Des personnes viennent se faire soigner et retrouvent leur dignité humaine en étant libérées de leur dépendance à l’alcool. Réalité fragile qui n’oublie pas les personnes qui rechutent, réalité fragile lorsque les finances manquent.
Après une année à Yaoundé en 2007-2008, suivie d’une autre au Burkina Faso où elle est formatrice de futurs responsables de noviciat, Monique est envoyée en 2009 une seconde fois en Côte d’Ivoire, à Korhogo, où elle séjournera ces 17 dernières années. Elle visite les prisonniers et commence pour elle une grande aventure : celle de la mission en milieu carcéral. Elle y vit une étonnante rencontre du Christ. Elle raconte son expérience dans un livret des Éditions Vie chrétienne intitulé « En prison, j’ai rencontré le Christ ». Elle est marquée par le travail intérieur que l’écoute de la parole de Dieu provoque chez ces détenus qui vivent dans des conditions vraiment précaires.
Toujours dans la relecture de sa vie, elle note :
« Ma vie a été marquée par un appel vers les plus souffrants : les marginaux, les enfants malnutris, les personnes addicts à l’alcool, les prisonniers. Ce sont eux qui m’évangélisent, c’est là que le Seigneur se révèle à moi. » (Jubilé 17 mai 2020).
La spiritualité ignatienne à portée de tous
Monique est aussi pétrie de la spiritualité ignatienne qu’elle sait mettre à la portée de tous, en utilisant un vocabulaire simple et en favorisant l’expérience spirituelle, celle de la rencontre du Christ qui aime chacun tel qu’il est et lui témoigne sa miséricorde, quelle que soit la situation où il se trouve. Elle accompagne spirituellement de nombreuses personnes, donne des retraites – notamment à l’aide des cinq sens -, publie aux Éditions Vie Chrétienne un livret sur le discernement spirituel intitulé « Discerner, que se passe-t-il en nous ? » qui est réédité de nombreuses fois et traduit en plusieurs langues. L’essentiel des enseignements de ce livre ont d’ailleurs été repris sous forme d’un Parcours spirituel à suivre sur notre site : Laissez-vous conduire par l’Esprit.
La vie ne l’a pas épargnée. Sa santé fragile l’a souvent éprouvée. Elle a aussi traversé bien des nuits, mais Monique ne se lassait pas de s’étonner du don de la vie qui lui était fait, de petits gestes dont elle était témoin, de la beauté de la nature, d’un sourire, de l’éveil d’un nouveau-né, de la conversion des cœurs. Elle s’étonnait que le Seigneur puisse se servir d’elle pour transmettre sa miséricorde et répandre son amour au cœur du monde. Elle s’étonnait aussi de Dieu qu’elle trouvait si surprenant et s’ouvrait ainsi à l’inattendu.
Avec elle, nous sommes remplies de gratitude pour sa vie, pour son compagnonnage, pour l’espérance qu’elle savait communiquer autour d’elle. Les soignants à la maison médicale Jeanne Garnier où elle a vécu ses derniers jours, disaient qu’elle était lumineuse.
Seigneur, merci pour Monique, accueille-la près de toi et donne-lui la joie en plénitude avec les pauvres et les petits qu’elle a tant aimés et servis.
Anne-Marie Aitken