Habiter le temps à l’école

Pascale est maîtresse d’école en CM2. Pour la revue Dialogue, elle a réfléchi à la manière dont elle fait du temps un allié afin d’aider chaque élève à grandir.

Septembre… Nouvelle rentrée, nouveaux visages, et une trentaine de prénoms à enregistrer rapidement. Pas de temps à perdre pour « faire alliance » avec chaque enfant et sa famille et marcher ensemble jusqu’au bout de l’année. Il faut pourtant du temps pour faire connaissance et il me faut chaque année quelques semaines pour me surprendre à aimer ces nouveaux élèves. Les premiers jours sont centrés sur la connaissance mutuelle pour gagner en confiance et en motivation de part et d’autre. Prendre le temps, ce n’est pas le perdre, pour embarquer tout le monde dans l’aventure d’une année scolaire.  

Chaque jour est ensuite comme une page neuve pour l’enfant qui vit essentiellement au présent. Les disputes ou les semonces de la veille s’oublient vite. Un sourire, une main tendue, et on repart à zéro. Mais je sais aussi que certaines blessures, que l’on peut trainer toute une vie, ont pu naître dans une cour de récréation ou dans une salle de classe et cela me rend vigilante sur le respect mutuel à instaurer dès le début, y compris le respect du temps qu’il faut à chacun pour apprendre!

Je fais souvent mémoire des paroles que Simon, en CM1, avait lancé dans une prière spontanée : « Jésus, merci pour tous ces jours qu’on passe ». 

Un prêtre poète me disait un jour : « Tes élèves resteront pour toi comme des étoiles qui brillent dans le ciel, vers lesquelles tu pourras lever les yeux. » Il n’est pas rare que tel prénom ou visage revienne à mon souvenir, dans un rêve ou dans ma prière, parfois des dizaines d’années après, spécialement au cours des retraites spirituelles. J’en suis à chaque fois émerveillée et heureuse.  

Ces « grands » CM2, début juillet, je les quitterai à l’entrée de leur adolescence. Que vont-ils devenir ? Et aurai-je contribué à les rendre confiants pour l’avenir ? Alors que nous échangions sur le thème de l’espérance, Nathan, dix ans, n’hésita pas à partager son inquiétude devant ses camarades: « Notre planète est malade, il y a de nombreuses guerres. Donc, je pense que notre avenir est fichu. »  Suite à cette réflexion, j’ai invité dans la classe un collègue à témoigner sur ses raisons d’espérer. Alors qu’il faisait référence à la promesse de l’Apocalypse où Dieu nous promet une terre nouvelle qui sera éternelle (Cf. Ap 21) Alice demanda la parole pour questionner d’un air malicieux : « Mais si vous dites que cette terre sera éternelle, est-ce que ça ne veut pas dire qu’elle est déjà un peu là ?..»  Oui le Royaume est là ! Que le semeur « dorme ou se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » (Mc 4, 27)

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