Colette Rivoire, une vie au service de la personne

Colette Rivoire s’est éteinte mardi 30 avril 2026 à l’âge de 93 ans. Son parcours de vie témoigne d’une attention délicate aux personnes, à travers lequel elle servait le Christ et apportait sa pierre à la construction du Royaume.

Par Laurence Loubières, supérieure générale

Colette, Marie-Renée, Rivoire, fille d’Antoine Rivoire et de Marie-Louise Jacquet, naît le 25 mars 1933 à Auzat, en Ariège, jour de fête de l’Annonciation. Elle est baptisée cinq jours plus tard, le 30 mars 1933. Colette grandit dans une famille de cinq enfants avec ses frères et sœurs : Régis, Marguerite-Marie, Xavier — qui deviendra jésuite — et Annick.

En 1954 elle vit une première expérience de conversion et elle entre chez les Bénédictes à Eygalières dans les Bouches du Rhône, une petite congrégation d’inspiration presque cartusienne, mais elle n’y passe que quelques mois, le mode de vie s’y révélant trop dur physiquement.

Elle poursuit ses études à Lyon (propédeutique et certificat d’histoire médiévale), puis travaille de 1958 à 1963 comme secrétaire du vice-recteur de la faculté catholique de Lyon. C’est à cette époque qu’elle s’oriente vers le service des personnes et en particulier des plus fragiles, en devenant assistante sociale. Diplômée d’État en 1966, elle exerce ensuite à Lyon comme fonctionnaire dans un service de prévention pour l’enfance en danger.

En 1969, au cours d’une retraite, elle vit une deuxième expérience de conversion, décisive cette fois-ci, qui la conduit à prendre contact avec La Xavière et décider d’y entrer, à l’âge de 36 ans. Elle commence le postulat le 4 novembre 1969, avec Danièle Rozière et Annie Courage. Toutes les trois prononcent leurs premiers vœux en mai 1972, le jour de la fête de la Pentecôte. L’homélie est prononcée par son frère Xavier. Pour sa première année de jeune professe, Colette est envoyée dans la communauté d’Ivry et suit des études de théologie à l’Institut catholique. De retour au 33 rue Tournefort à Paris de 1973 à 1977, elle se forme pour devenir infirmière, obtenant son diplôme en 1976. Elle travaille ensuite à la Fondation Curie, au service d’adultes et d’enfants malades, conjuguant soin du corps et attention à la personne.

Après ses vœux définitifs le 31 juillet 1977, elle est envoyée à La Pourraque, où elle exerce comme infirmière à domicile à Beaumont et Mirabeau.

En 1982, elle est envoyée à Marseille comme supérieure locale. Elle y exerce également comme enseignante en sciences médico-sociales à temps partiel au collège technique Saint Vincent de Paul. Elle prend, de 1985 à 1997, la direction du Foyer La Claire Maison qui accueille des jeunes femmes en difficulté placées par les services sociaux.

En 1994, elle revient à La Pourraque comme supérieure locale, tout en continuant pendant plusieurs années à assurer la direction du foyer à Marseille, en l’absence de xavière disponible pour lui succéder. À partir de 1997 et le recrutement d’un premier directeur à La Claire Maison, Colette peut se consacrer davantage à La Pourraque l’accompagnement spirituel par les retraites et les accompagnements individuels et des activités d’éveil à la foi dans plusieurs villages.

De 2003 à 2006, elle est envoyée à Toulouse-Marengo comme supérieure locale, poursuivant ses missions d’accompagnement. En 2006, elle traverse une épreuve de santé importante avec une opération d’un cancer de l’estomac, dont elle se relève.

De 2006 à 2009, à Paris en communauté au 30 rue Tournefort, elle est responsable de l’aumônerie de la Maison médicale Jeanne Garnier.

Elle retourne ensuite à La Pourraque (2009-2014), où elle aura vécu 19 ans en tout. Elle y poursuit l’accueil, l’accompagnement et les retraites, et découvre un talent pour le conte qu’elle met au service de la vie fraternelle, pour les départs, les anniversaires, les fêtes à La Pourraque, les veillées de Noël.

En 2014, elle rejoint la communauté intercongrégations de la rue de Reuilly à Paris. Elle y poursuit ses engagements : accompagnement spirituel, service des funérailles à la paroisse Saint Eloi, travail au service des archives de La Xavière.

En juillet 2024 elle rejoint avec Christiane Fernique la maison de retraite de Ste Monique, au sein de l’ensemble Notre Dame de Bon Secours, dans le 14e arrondissement.

Au service de la personne

Au cours de sa vie à La Xavière, Colette est marquée par la figure de Claire Monestès et la double passion qui nous anime : pour le Christ et pour le monde. Elle reconnaît avoir aussi beaucoup reçu de Marie-Henriette Callet, qui a contribué à sa croissance humaine et spirituelle et de Marie Guillet dont elle a suivi les formations sur les Exercices Spirituels. Elle a été activement engagée dans le service de La Xavière par ses missions de supérieure locale  à La Pourraque, Marseille, Toulouse et sa participation aux Chapitres de 1981, 1987, 1993 et 1999, sa participation à des commissions.

Son parcours témoigne d’une ligne de vie au service des personnes vécu comme un service du Christ et de la construction du Royaume : du service social au soin infirmier, puis à l’accompagnement spirituel, elle n’a cessé de relier foi et humanité, dans une attention concrète et fidèle à chaque personne rencontrée. Les témoignages montrent combien son sourire et sa présence ont marqué toutes les personnes qui l’ont approchée au cours de ces étapes.

Voici comment Colette dans un article de Dialogue 48 en 1982 parlait de ce mystère d’alliance et de rencontre de Dieu à l’œuvre en toute chose :

« Petits faits de ma vie quotidienne : ils sont le lieu où je me sens pétrie de révolte, d’incroyance, face au mal, en moi et autour de moi, et en même temps, où je chemine dans la foi, reçue gratuitement jour après jour. Ils sont le lieu où je découvre à travers les innombrables grains de joie, de rire, de tendresse, et aussi de travail et de peine qui font le pain de nos journées, que Dieu nous aime sans mesure et qu’IL est avec nous en son Fils Jésus-Christ. »

Repose en paix Colette ! Que le Seigneur que tu as cherché, aimé et servi tout au long de ta vie t’accueille dans sa lumière et dans sa joie !

Une citation de Colette

Au cours de ces cinquante années à la Xavière, j’ai beaucoup reçu du Seigneur. La grâce de me connaître, de découvrir qui je suis, les dons que je ne savais pas avoir en partage le don d’accompagnement , le don de conter, de faire des bouquets, des poèmes ou des chansons quand il y a une personne ou un évènement à fêter, le don
de rire de moi quand il y a motif, de m’émerveiller sans cesse et toujours plus. Avec étonnement, J’ai reçu la joie de la vie communautaire, – qui parfois peut être rugueuse-, la liturgie : la joie de chanter avec les autres, d’exprimer la foi, la louange, la révolte, l’appel à la pitié de Dieu. la mission d’intercession…

Colette Rivoire, en 2022, lors de son jubilé d’or.

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