Bernadette Perriol, entrée à La Xavière en 1961, est décédée à Marseille ce samedi 23 juin 2026, en la veille de la fête de Pentecôte, à l’âge de 91 ans. Nous rendons grâce pour sa vie tissée d’audace, de joie et de fidélité.
Après de premières années partagées entre l’intendance du collège Madeleine Bouteloup à Paris et une mission au sein du foyer de jeunes filles de la rue Breteuil à Marseille, la vie de Bernadette a été profondément marquée par l’appel de la mission en Côte d’Ivoire. Elle y a en effet passé près de quarante ans, d’abord comme pionnière de la fondation de la communauté rurale de Korhogo, puis responsable du Centre Culturel de la Cathédrale d’Abidjan. Revenue en France en 2008, elle a poursuivi sa mission d’accueil et d’accompagnement à la Pourraque avant de rejoindre la maison de retraite du Bon Pasteur à Marseille. Elle nous laissera le souvenir d’un esprit vif et profondément attaché au charisme de Claire Monestès.
La « tunique » de sa vie
Lors de la célébration du 50ème anniversaire de ses premiers vœux, Bernadette avait choisi de relire son parcours en s’inspirant d’un conte, imaginant la confection d’une superbe tunique faite de bandes colorées. Une manière lumineuse de reconnaître, au fil des ans, la tendresse miséricordieuse dont le Seigneur l’a enveloppée.
Le fil d’or et d’argent : la fondation de l’appel
Au cœur de cette tunique se trouve une somptueuse bande centrale en fil d’or, signe de l’amour de Dieu qui l’a sans cesse « appelée, soutenue, guérie, relevée, envoyée ». À ce fil d’or s’entrelacent deux bandes argentées : la première rappelle l’honneur d’avoir été mise avec le Christ pour travailler avec lui à la manière de Claire Monestès ; la seconde célèbre son engagement définitif en 1968 pour « annoncer la mort du Seigneur Jésus et proclamer sa résurrection ».
Les nuances de vert : l’élan missionnaire et la Côte d’Ivoire
Le vert domine largement la tunique de Bernadette, décliné selon les différentes missions reçues, en particulier en terre africaine :
- Le vert de l’Association Rurale de Korhogo(ARK) : avec les cadeaux de la rencontre avec le monde sénoufo, sa culture, et le développement communautaire partagé avec les villageois et ses sœurs.
- Le vert du Centre Culturel de la Cathédrale d’Abidjan: écho de la joie des rencontres avec le milieu citadin pluri-culturel, les ouvertures de la médiathèque et ses « missions de midi, nouvelle formule ! ».
- Le vert de la tradition spirituelle : symbole de toutes les grâces reçues et données, à Abidjan puis à La Pourraque, à travers l’accompagnement, les retraites et les haltes spirituelles.
L’orange et le fuchsia : les joies partagées et la force dans les combats
Deux bandes orange disent la tendresse de Dieu reçue à travers les bonheurs de la vie communautaire et l’affection indéfectible de sa famille qui l’a toujours unie malgré l’éloignement géographique.
Le fuchsia, quant à lui, vient dire la force reçue dans les épreuves. Une première bande rappelle comment le Seigneur l’a fortifiée au milieu des deuils, de la maladie, des échecs apostoliques, mais aussi des temps de révolution et de guerre traversés. Une seconde exprime sa gratitude pour la miséricorde divine qui, jour après jour, a affermi ses mains dans ses combats personnels, la pardonnant et la remettant debout.
Le bleu ciel : le temps du détachement
Enfin, une bande bleu « ciel de La Pourraque » évoque le temps du vieillissement et des diminutions corporelles. Bernadette y voyait une invitation à laisser la force de l’Esprit la maintenir en service dans la disponibilité.
Aujourd’hui, alors que Bernadette a rejoint la Maison du Père en cette veille de Pentecôte, les mots par lesquels elle concluait la prise de parole à l’occasion de son Jubilé nous disent son espérance qui vient nourrir la nôtre :
« Vous voyez comment Dieu notre Seigneur prépare lui-même cette tunique depuis bien longtemps. J’espère de tout cœur qu’il m’en vêtira le jour où nous irons tous ensemble au banquet des noces de l’Agneau. »
« Un même esprit, une même mission réalisée dans une diversité de tâches… A nous d’en faire jaillir tous les traits, au travers des temps. » (Bernadette Perriol, revue Dialogue, 1972).
Quelques étapes de vie
Bernadette est née le le 13 août 1935, à Préaux dans l’Ardèche.
De formation auxiliaire puéricultrice, Bernadette entre à La Xavière en avril 1961. Après ses premiers vœux en 1963, elle se forme aux métiers de secrétariat et de direction et animation de collectivité. Elle exerce jusqu’en 1969 comme intendante au collège Madeleine Bouteloup, tenu par les xavières et situé rue Tournefort à Paris.
En octobre 1970, elle rejoint avec Germaine Touchard les six premières xavières envoyées depuis 1967 à Abidjan en Côte d’Ivoire.
Tout en travaillant comme animatrice au Service Féminin de l’INADES (Institut Africain pour le développement économique et social) fondé par les Jésuites à la demande des évêques d’Afrique de l’Ouest et dans lequel trois autres xavières sont déjà en mission, Bernadette se forme aux techniques d’animation rurale communautaire pour le développement. Cette formation inclut notamment des lectures, des cours de sociologie et l’apprentissage de la langue Dioula, répandue en Côte d’Ivoire.
En septembre 1972 elle fonde avec trois autres xavières la communauté de Korhogo, à 650 km au nord d’Abidjan, qu’elles rejoignent à bord de deux voitures 2CV. Bernadette prend la responsabilité de l’ARK (Animation Rurale de Korhogo), créée par les xavières et dans laquelle plusieurs sont animatrices.
En 1986, elle retrouve Abidjan où elle s’engage comme animatrice au PROVIFA, un mouvement pour la promotion familiale, tout en suivant des cours à l’ICAO (Institut Catholique de l’Afrique de l’Ouest).
Après deux années à Paris entre 1987 et 1989, Bernadette retrouve la Côte d’Ivoire entre 1989 et 2008. Elle sera responsable du Centre Culturel de la Cathédrale d’Abidjan et participera à l’animation du groupe ignatien local, d’équipes Vie Chrétienne…
En 2008, Bernadette quitte définitivement l’Afrique et rejoint la communauté de La Pourraque, où elle participera à la mission d’accueil de la maison et à l’accompagnement spirituel de retraitants. Entrée en 2021 à la maison de retraite du Bon Pasteur à Marseille, elle y termine ses jours en cette veille de Pentecôte 2026.
Bien qu’affaiblie ces dernières années, Bernadette a gardé jusqu’au bout un esprit vif et alerte. Elle manifestait un profond amour de La Xavière et elle vibrait au charisme de Claire Monestès, qui la rendait heureuse et dans lequel elle a puisé l’audace de nombreux commencements pour La Xavière.
Bernadette écrivait dans le numéro de 1972 de notre revue annuelle Dialogue :
« Un même esprit, une même mission réalisée dans une diversité de tâches, telle peut être, rapidement dessinée, la physionomie de la Xavière. A nous d’en faire jaillir tous les traits, au travers des temps. N’est-elle pas, cette physionomie, à modeler sans cesse par une créativité audacieuse, en réponse à des appels toujours nouveaux, dans la fidélité au réel et à l’intuition première de Claire Monestès ? (…) Vivre-dans-le-monde et vivre-dans-le-Christ, ces deux « vivre-avec » se confondent de plus en plus, au fur et à mesure que notre être profond s’unifie dans l’accomplissement – jamais atteint- de la mission qui nous a saisies. »
Voici des mots qui nous invitent à continuer le chemin, à sa suite et avec la même audace et la même joie qui l’habitaient.
Repose en paix Bernadette ! Que le Seigneur que tu as cherché, aimé et servi tout au long de ta vie t’accueille dans sa lumière et dans sa joie !
Célébrations
Ses funérailles seront célébrées le jeudi 28 mai à 15h15 à la chapelle de La Pourraque. Elles seront suivies de son inhumation au cimetière de Beaumont-de-Pertuis à 16h30.
Des célébrations d’action de grâce pour la vie de Bernadette auront lieu à Abdijan le vendredi 12 juin à 18h dans la chapelle du CERAP et à Korhogo le samedi 13 juin à la cathédrale.