J’aimerais partager une expérience intéressante que j’ai vécue en octobre 2018.

La toute nouvelle  association  de Communication Non Violente de Côte d’Ivoire a organisé un stage de formation à Abidjan. J’ai eu la chance de pouvoir y participer. Les participants venaient d’Abidjan mais aussi de plus loin : Congo, Cameroun, Sénégal…

Ma première surprise a été de constater que notre groupe était composé de stagiaires non seulement aux provenances géographiques variées mais aussi de milieux et de motivations assez divers. Je m’attendais un peu à croiser des personnes du monde éducatif, de mouvements de jeunesse, des personnes impliquées dans les relations humaines par leurs métiers… C’était effectivement le cas mais on comptait aussi des gens qui travaillent dans le milieu du cacao, un formateur de l’école de police, un journaliste, un responsable de la fédération des étudiants de Côte d’Ivoire, un fonctionnaire du ministère de la solidarité, des acteurs de la société civile sénégalaise… J’ai beaucoup apprécié la diversité de notre groupe et cela m’a donné d’approcher des réalités de la Côte d’Ivoire que je ne côtoie pas habituellement.

Certaines personnes avaient déjà participé à d’autres stages les années précédentes au Sénégal ou au Bénin, d’autres étaient en attente depuis de nombreuses années. D’autres encore, envoyés par leur ministère ou leur patron, découvraient tout à la dernière minute. J’ai été marquée par la faculté d’adaptation de ces derniers qui ont plongé dans l’aventure sans préparation.

Dans ce genre de stage, l’alternance de topos, d’exercices pratiques et d’exemples donnés par des témoignages personnels donne le rythme. Les formateurs essaient d’orienter la dynamique de groupe dans le sens d’une écoute mutuelle, de la bienveillance, du respect de chacun. J’ai apprécié la manière des formateurs (une religieuse béninoise et un laïc congolais-belge) de s’adapter, de tenir le cap du « programme » tout en restant extrêmement bienveillants, à l’écoute des cas particuliers tout en sachant limiter les débordements d’une personne qui s’épanche, canaliser les inévitables bavards ou discutailleurs de détails, sentir les points sensibles réveillés chez l’un ou l’autre.

Rien que l’observation de ces formateurs est en soi très formatrice…

Rien de tels que les exemples vécus pour partager et s’entraîner… En y réfléchissant bien, chacun finit par trouver une situation ou une remarque ou une attitude  qui l’a blessé et en petits groupes cela donne matière à échanger, s’exercer. Reformuler ce que l’autre a dit, exprimer clairement une demande, nommer les besoins… Autant de points qui paraissent simples mais qui ne sont pas si aisés. C’est intéressant de mesurer combien ces détours par une méthode aide à l’écoute et aide à prendre conscience de ce qui se produit pour soi-même, pour l’autre. C’est intéressant aussi de mesurer que, quel que soit le pays, le milieu (professionnel, familial…), l’âge, etc… Ce sont beaucoup de petites choses, remarques de la vie ordinaire qui reviennent. Le côté bon enfant et le respect dans les petits groupes permettent des prises de conscience ; le regard et la compréhension des situations s’élargissent ; faisant à la fois plus de place à l’autre et plus de place à soi-même.

Ce que j’aime dans cette approche c’est le levier qu’elle peut devenir à titre personnel mais aussi à titre collectif. La formatrice a expliqué comment, au Bénin,  l’appui apporté par l’association de Communication Non Violente aux responsables des syndicats étudiants a permis à ceux-ci d’organiser des négociations avec le ministère en sortant d’un affrontement violent et stérile.

Ce stage m’a permis de commencer à reconstituer le puzzle de ce qu’on appelle Communication Non Violente et dont j’avais déjà capté ici ou là des éléments. Le stage permet d’approcher et de vivre des notions comme la bienveillance, l’écoute, la prise de décision, la vérité avec soi-même et la droiture de l’intention.

Ce stage suppose un minimum d’implication personnelle et chacun avance au gré de découvertes, de prises de conscience qui lui sont propres. Ainsi, à la fin de la semaine, on peut entendre la joie de certaines « libérations », de nouveaux appuis ; certes l’expression est parfois un peu exagérée mais les témoignages sont parlants.

« Merci de m’avoir ouvert, j’ai changé. Une recherche de 40 ans de vie et j’ai changé en 4 jours. »

«  Je comprends que si je suis un homme qui se dit toujours « j’aurais dû faire ceci », si je reste toujours indécis, je ne peux pas être un bon leader. »

« Avant je pensais qu’il fallait forcément être dur pour diriger les autres, je vois qu’on peut faire autrement. »

« J’ai assisté à beaucoup de séminaires sur la paix, la réconciliation nationale… D’habitude ce n’est que du bla bla et des grandes idées, ici je me suis senti concerné ; cela va surtout m’être utile dans ma vie en famille, dans les relations avec les collègues. »

J’ai été très marquée par l’engagement de personnes décidées à chercher des moyens pour qu’une action pacifique politique puisse émerger et se construire dans leur pays. A travers la participation des ressortissants des différents pays, la perspective des élections du Sénégal, l’avenir du Congo, la situation du Cameroun et de la Côte d’Ivoire étaient bien présents au long de la semaine.

                                                                                               Bénédicte Rozé, xavière à Abidjan-Abobo en Côte d’Ivoire

 

Pour aller plus loin : Site francophone de communication non-violente

https://news.abidjan.net/h/647392.html

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