A côté du tombeau vide, des messagers invitent les femmes à se rappeler une parole de Jésus. Se rappeler ? Mais quoi ? et pourquoi ?

Méditation de Véronique Rouquet, xavière

Dans le film de science-fiction Inception, que l’on peut traduire par Commencement, il est question de déposer une idée au plus profond du subconscient d’une autre personne. Cette idée déposée en l’autre germera jusqu’à influencer, puis changer les croyances et donc les comportements. Dans le cas d’un personnage du film, cette idée semée conduira à la mort ; pour d’autres, l’idée ouvrira une brèche vers de nouveaux possibles.

Dans notre vie avec Dieu, ce ne sont pas des idées qui sont semées en nous à notre insu et malgré nous, mais ce sont des paroles qui, librement accueillies et entendues, sont appelées à porter un fruit de vie.

Une de ces paroles est au centre de l’évangile de ce jour, et peut-être c’est même la Parole par excellence, celle que l’on doit garder et méditer tous les jours de notre vie, à l’image de Marie.

Aujourd’hui cette parole de vie non seulement nous est dite mais rappelée :

« Rappelez-vous », disent aux femmes deux hommes en blanc… Se rappeler, mais quoi ?

P. Marko Rupnik - photo : Centro Aletti

Se rappeler ce qui s’est passé, à Césarée de Philippe, ce jour où Pierre a fait ce que l’on appelle sa profession de foi. Jésus a demandé à ses disciples, « qui suis-je au dire des foules… et pour vous ? ». Pierre, inspiré par le Père, avait révélé cet autre nom de Jésus : « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ». Jour de lumière s’il en fut, jour radieux où devant les yeux des disciples, Jésus s’était fait reconnaître comme le Messie tant attendu !… Les disciples étaient là, mais tout aussitôt, à leurs oreilles abasourdies, ce même Jésus, avec sévérité, leur avait ordonné le silence et leur avait dit cette parole incompréhensible : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands-prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort, et que, le 3ème jour, il ressuscite. »

Parole inaudible alors, devant une si grande lumière. Non, le Messie ne pourrait ni souffrir ni être tué : cette parole n’est qu’un accident, une erreur !

Or cette même parole est rappelée aujourd’hui aux femmes qui se tiennent, dans la lumière du jour naissant, devant le tombeau vide. Ambiance de deuil, d’obscurité intérieure, de peine profonde… incompréhension…

« Rappelez-vous : il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le 3ème jour, il ressuscite. »

Cette parole est ici encore inaudible, en apparence délirante : au milieu de la peine, du chaos, de l’épreuve, de l’absence, de l’impuissance, du chagrin, du deuil… le Christ est proclamé le Vivant.

Pourtant les femmes y croient et elles sont même immédiatement entraînées à aller partager aux autres disciples ce qui devient en cet instant-même leur profession de foi.

De fait cette profession de foi va plus loin que celle de Pierre à Césarée : reconnaître le Christ quand tout va bien, un jour de lumière et de révélation, ne suffit pas. Cette profession de foi nouvelle, en ce matin de Pâques, embrasse ce qui nous torture : l’absence, l’échec, le péché, la trahison, l’épreuve, la peur… ultimement la mort.

Il se trouve que cette parole qui dit la victoire du Christ sur toute mort nous a été transmise à nous aussi, génération après génération. Lorsque solennellement en cette nuit de Pâques nous proclamons cette foi ensemble, nous prenons toute notre place en ce peuple de croyants qui déborde les siècles, les lieux et les espaces, et dont les femmes près du tombeau furent le commencement.

Pourquoi elles d’ailleurs, pourquoi pas Pierre et les autres ?

Quand tout a tangué et valsé, quand l’épreuve leur a arraché de manière cruelle et injuste celui qu’elles aimaient et suivaient, ces femmes se sont laissé sortir de leur désespoir et de la tristesse qui replie sur soi. Elles sont sorties au matin et ont suivi l’impulsion de leur amour pour Jésus pour un dernier geste de prendre soin, pour honorer leur maître et ami.

Elles n’avaient sans doute rien à perdre.

L’amour est et sera toujours le lieu de la rencontre avec le Ressuscité.

Sortir de soi, partir avec d’autres, continuer de faire œuvre d’amour, de soin, de tendresse au sein même de l’épreuve, c’est rester du côté des vivants, et être en capacité de se laisser rejoindre par une parole qui nous dit que la vie est plus forte que la mort, que le Christ est vivant bien qu’absent à nos yeux ; vivant et présent à son peuple, présent à nous aujourd’hui.

Que cette parole de foi et de vie porte fruit en chacun, en chacune, en tous : le Christ est ressuscité !