Le 14 septembre, l’Église célèbre la Croix glorieuse.
Cette fête nous vient du 4ème siècle, lorsque, selon la tradition, Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin, fit construire et consacrer la basilique de la Résurrection pour y conserver les reliques de « la vraie croix » et les proposer à l’adoration des fidèles. La croix, objet de torture et d’infamie, devient par la Résurrection instrument du salut pour tous les hommes. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,32).
Miniature de l’abbaye d’Echternach
Cette miniature nous vient de l’abbaye d’Echternach au Luxembourg. Elle fait partie du « Livre d’Évangiles » illustré par des moines du onzième siècle - BN

Je regarde l’image

Un rectangle bordé de pourpre et d’or. Sur le fond bleu se détache une croix cernée de vert, couleur de vie et rayonnant de l’or de la lumière incréée. Un grand personnage, vêtu d’une longue tunique pourpre, se tient sur cette croix et étend largement ses bras. C’est Jésus. Il tourne la tête vers sa droite.

Sous chacun des bras de la croix, deux autres rectangles: fond d’or et pourtour rouge sur lequel se détachent une figure féminine à gauche et masculine à droite: Marie, mère de Jésus et Jean l’évangéliste.

Au-dessus de la croix, de chaque côté, dans des cercles brodés de vert, sont figurés les bustes de deux personnages: le Soleil et la Lune.

Une composition sobre, sans fioritures. Les regards des quatre personnages convergent sur Jésus et nous obligent à regarder vers lui.

Il est jeune et vivant, les yeux grands ouverts, le visage paisible. Ses bras sont comme des ailes et ses mains, très grandes, ne portent pas la trace des clous. Elles planent au-dessus de Marie et de Jean dans un geste de bénédiction et de protection sans réserve. « Je crie de joie à l’ombre de tes ailes » chante le psaume 62.

Marie, qui essuyait ses larmes avec son voile, a maintenant les yeux grands ouverts, sa main se lève en signe d’étonnement. Et Jean retient son souffle: « Ce que nous avons vu de nos yeux, nous vous l’annonçons. » Sa main gauche fait déjà un signe d’appel vers nous. Il y a quelque chose de dansant dans son attitude.

Le Soleil et la Lune regardent eux aussi vers le Christ. Toute la création, tout le cosmos sont concernés par la croix glorieuse. De façon mystérieuse, elle est la clé de voûte de l’univers.

Cependant, rien de triomphant dans cette miniature. De Jésus émane humilité et douceur. Cet homme-oiseau rétablit le lien entre ciel et terre. Il est toute douceur et miséricorde, il est l’homme des Béatitudes.

Ses pieds reposent sur un calice. « II a plu à Dieu de faire habiter (en son Fils) toute la plénitude et de tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, ayant établi la paix par le sang de sa croix. » (1,20; cf. 2,13-15)  La coupe du Salut scelle l’Alliance éternelle. Tout est grâce.

Je médite

Je me laisse imprégner par la douceur de cette image. Les courbes des corps s’inscrivent dans des espaces ordonnés. Une grande paix s’en dégage.

Je contemple le Christ, ouvert, offert, source de toute bénédiction. J’accueille en mon cœur l’action de grâces et la paix qui viennent de lui par-delà toute souffrance. Je me tiens sous l’abri de sa miséricorde.

Je regarde Marie. « Il essuiera toute larme de leurs yeux. » proclame l’Apocalypse au chapitre 21. Le voile en sa main ne lui est plus nécessaire. Me tenir avec Marie dans cet étonnement, recevoir ce don de la foi.

La main de Jean nous invite à entrer mais aussi à sortir pour témoigner, non dans le bruit et la puissance mais dans la profondeur d’un cœur qui écoute.

« Il est l’agneau et le pasteur, il est le roi, le serviteur. » Cette antienne pour le psaume 22 peut conclure ma prière d’action de grâce ou nourrir encore ma contemplation.